BoVERIO: J'ai connu un enfant qui voulait comprendre le kaléidoscope. Il a raté le sjoies du kaléidoscope. Ses camarades avec cet objet comprenaient qu'il y avait le bleu, le rouge, les arcs-en-ciel, les mirages, les bâtons de feu, l'enfer, la volupté, la mort. Lui ne comprenait rien, cassa sa machine.
RoBiNEAU: Ce n'est pas la même chose.
JoUVET: C'est la même chose. Et quand je vois aux fateuils un spectateur qui roule les yeux, tend l'oreille, qui, congestionné, se demande: Qu'a-t-il voulu dire ? qui essaie de trouver un snes à chacun de nos gestes, de nos intonations, de nos lumières, de nos airs de scène, j'ai envie de venir à la rampe et crier: Ne vous donnez donc pas ce mal, cher Monsieur. Vous n'avez qu'à attendre, vous le saurez demain !
RoBiNEAU: Demain ?
JoUVET: Vous dormirez, et le saurez. Voilà ce que les critiques devraient justement vous dire:Demain, ou bien vous vous réveillerez plus lourd, vous aurezdes nausées à l'idée du travail, vous serez précis, méticuleux, non purifié, non resssucité, non embaumé, c'est que la pièce était mauvaise.Ou bien vous aurez en vous une poche d'air, vous sourirez aux anges, un horloger s'occupera à remonter dans votre cerveau les saisons et les heures, l'indignation et la douceur: c'est que la pièce était bonne. Parfois, de l'autobus j'apreçois dans la rue un vieux monsieur rondelet au bras d'une jeune fille, dont la démarche est légère, la marche aimantée, le visage radieux mais tourné vers eux-mêmes; je suis sûr qu'ils ont vu la veille une bonne pièce. Ilsne l'ont peut-être pas comprise. Mais, à part la pièce, ils comprennent tout aujourd'hui , le beau temps, la vie, les feuilles des plantes, les oreilles des chevaux.... Une pièce bien écrite, évidemment. Le style a passé sur ces âmes froissées par la semaine comme le fer sur le linge; elles sont toutes lissess....